Maitre de Cabestany
Centre de Sculpture Romane | Maître de Cabestany
 
 
>Le chantier
           L’époque romane ne connaît pas, semble-t-il, l’usage du plan pour préparer une construction. On utilise des schémas géométriques, des règles d’emploi de certaines proportions, et surtout l’expérience des maîtres capables d’imaginer le bâtiment et de coordonner le chantier.
La préparation de l’édifice se fait en vraie grandeur, sur le terrain aplani, au moyen de cordes d’arpentage et de piquets. On utilise les propriétés géométriques de certaines figures faciles à réaliser avec une corde, comme le triangle équilatéral, le triangle rectangle dont les côtés sont respectivement de 3, 4, et 5 unités, le carré et le cercle pour déterminer les dimensions de l’édifice et les proportions de ses différentes parties.
Le chantier est tributaire de son approvisionnement en matériaux, les carrières, parfois proches, pouvant quelquefois être distantes de plusieurs dizaines de kilomètres. Le maître dirige et participe à la taille des pierres, et fait de fréquents voyages à la carrière pour vérifier et préparer les blocs.
La confection du mortier de chaux est confiée à des ouvriers spécialisés. La fabrication de la chaux nécessite du calcaire et de grandes quantités de charbon de bois pour la cuisson.
Les échafaudages sont en bois, garnis de rampes ou d’échelles. Ils s’appuient sur la construction en chantier. Des treuils ou des poulies aident à la manœuvre.
 
SCULPTEUR ET ARCHITECTE ?
         À l’époque romane, les métiers de sculpteur, de tailleur de pierre et d’architecte ne sont pas clairement différenciés. Le maître est celui qui sait bâtir, diriger une construction, mais il agit comme un chef d’équipe et travaille lui-même de ses mains sur le chantier. Souvent clerc, il possède le savoir nécessaire pour imaginer un édifice, en tracer le plan, en tailler les pierres et éventuellement en sculpter les ornements. Seuls de grands chantiers, d’édifices ambitieux autorisent une relative division du travail.
Il est probable que le Maître de Cabestany, auteur des principales sculptures de l’église de Rieux, est aussi celui qui a conçu l’édifice et en a dirigé la construction.

         SCULPTER QUELLE MATIÈRE ?
Du Moyen Âge, seules nous sont parvenues en nombre les sculptures sur pierre, alors que cet art a bien sûr été pratiqué sur bois, sur métal, ou sur des matières précieuses comme l’ivoire.
Avant le XIIème siècle, il n’y a pas en Roussillon de carrières : pour la sculpture, le recours est fréquent au blocs de remploi, épaves des monuments laissés par l’Antiquité, auxquels s’attache en outre une valeur symbolique. Les monuments romains de Narbonne ont servi de carrière de marbre blanc, par exemple, pour la table d’autel de Saint-Michel de Cuxa ou le linteau de Saint-Genis des Fontaines. Au XIIème siècle, on découvre ou redécouvre les marbres pyrénéens, rouge de Villefranche de Conflent, griotte du Canigou, blanc de Céret. Le marbre est le matériau noble par excellence pour la sculpture, mais il reste peu employé en raison des difficultés de transport.

         CARRIÈRES ET TRANSPORTS
Au XIème siècle les constructions, même ambitieuses, ne sont réalisées qu’avec des moyens techniques pauvres. Matériaux récupérés d’édifices antérieurs, galets prélevés dans le lit des rivières, pierres arrachées aux couches superficielles des gisements. Peu travaillés, ces matériaux sont noyés dans un abondant mortier.
Au XIIème siècle des progrès techniques et économiques permettent la récupération du savoir-faire des carriers, c’est à dire la capacité d’extraire des blocs de roche massive, pouvant être débités à la dimension voulue pour un usage précis dans la construction.
La grande difficulté reste le transport des matériaux. Quand on ne peut utiliser la voie d’eau, il faut recourir aux chariots tirés par des animaux. En montagne, les pierres ne peuvent voyager que sur des animaux de bât (ânes, mulets), par petites quantités. Plus la provenance du matériau était lointaine, plus on avait intérêt à assurer la taille préalable dans la carrière, afin que son poids fut minimal et qu’il fut prêt à être posé.